Expulsion du COUVENT ...
Lundi 27 novembre 2006

« Notre chiffre d’affaires atteindra 500 millions d’euros en 2008 » Jean-Paul Marian, Président d’ORPEA Journal des Finances n°6149

Quelle merveilleuse idée de construire un camp pour vieux riches à la place du couvent de l’avenue Crampel ! C’est vrai que la bande de squatteureuses qui occupaient l’espace depuis octobre n’avaient rien de mieux à proposer qu’un jardin potager autogéré ouvert sur les habitants du quartier, une cuisine végétalienne à prix libre, des ateliers de répétition pour musiciens désargentés, un atelier vélo, des cours de boxe, un centre de média indépendant, un espace collectif hors contrôle ouvert aux participations de toutes et tous, dans un lieu vide et désaffecté depuis plusieurs années.

Merci ORPEA de nous expulser

Nous avions oublié l’heure de notre départ : une compagnie de CRS, une autre de gendarmes mobiles, les RG (notre chère police politique), la BAC et les huissiers nous l’ont rappelé ce lundi 27 novembre 2006 à 6h30 du matin avec deux sommations, trois coups de béliers et hop ! la brigade canine et des hommes armés et dangereux nous ont offert le petit déjeuner au lit avec supplément : contrôle des identités et des véhicules en toute « légalité républicaine » à laquelle notre vieille connaissance le commissaire divisionnaire Fricounet tient à coeur. Du coeur à l’ouvrage, donc, il en a fallu pour déménager les trente sans logis qui vivaient là heureux à l’ombre des arbres centenaires qu’ORPEA ne manquera pas de raser pour agrandir son couvent qui n’est pas rentable en l’état.

Nos amis les huissiers qui ne nous ont pas donné leur nom, ni l’ordonnance d’expulsion, ni le procès verbal, ne faisaient qu’ « obéir aux instructions » et nous ont proposé une équipe de déménageurs (qui se sont servis au passage, nous soulageant de quelques affaires), ainsi que des camions de déménagement. Nous avons poliment refusé, ne voulant pas abuser de la générosité des vautours.

Nos gentils expulseurs avaient tout prévu, y compris une équipe de maçons-décorateurs, trois palettes de parpaings et une bétonneuse. Ils ont redessiné amoureusement le nouveau cadre de vie du quartier des Demoiselles dans le plus pur style bunker. Dorénavant, le couvent de l’avenue Crampel ne manquera pas d’offrir au public ses fenêtres emmurées, son jardin en friche et ses bâtiments désaffectés, dans l’hypothétique espoir qu’une maison de retraite chimicalisée redonne vie au quartier.

« ORPEA profite du vieillissement de la population »

« Le titre [en bourse d’ORPEA] a gagné plus de 90 % depuis le début de l’année alors qu’il avait déjà fortement progressé au cours des années précédentes. Orpéa profite du vieillissement de la population ». Eh non, ce n’est pas nous qui le disons mais Jean-Claude Marian, président d’Orpéa, grosse compagnie européenne de gestion de maisons de retraite, propriétaire du couvent des Demoiselles et de quelques 110.000 mètres carrés de logements. « Comme tout le monde, nous étudions l’hypothèse de créer, à l’horizon 2007, une société d’investissement immobilier cotée [en bourse] ». Comme tout le monde nous étudions l’hypothèse de créer, sans plus attendre, des foyers de résistance anticapitalistes et non marchands.

La chasse aux Squatts Toulousains est un secteur d’activité en pleine expansion de la technopolis Airbus ; elle entre dans la politique de diversification de sa mono industrie, avec la création du pôle des Cancéreux sur feu le site AZF. Car pour attirer 1O.OOO nouveaux toulouzins chaque année il faut des résidences sécurisées, loin des caillassages de commissariats et autres autobus immolés sur l’autel de l’Intégration Républicaine ; il faut aussi raser des quartiers populaires avec un « grand projet de ville », faire tomber de la barre HLM - foyers d’insurrections criminogènes - et disperser les « marginaux agressifs » des terrasses du café Florida ou du tabac de nuit La Pipe. Pas de pitié pour les squatteurs ! Voilà le nouveau cri de guerre sociale pour des cités aseptisées, gentrifiées, idéales. Les quartiers vivants disparaissent les uns après les autres dans l’indifférence générale, sur fond de hausse des loyers et de restructuration immobilière. La bourgeoisie s’étale, elle a déjà gagné. Réjouissons-nous : avec elle tout n’est que luxe, calme et volupté, pour ceux qui en paient le prix.

Le 26 octobre, le Clandé est réoccuppé le soir de son expulsion par trois cents enragés amoureux des squatts à la gueule de bois : quel sacré pied de nez ! Et pourtant le commissaire Fricounet a le nez creux : « C’en est fini de l’impunité des squatts à Toulouse ! » grogne-t-il. Et nous avons la mémoire longue : la Datcha, Barbatruc, Fontaine Lestang, le CSOA, le Bikini, Calberson, la Roseraie et les dizaines d’expulsions faites dans le silence de l’indifférence. Et toutes celles aussi contre lesquelles nous nous battrons, pour ne pas vivre sous une tente prêtée par Emmaüs au bord de la rocade.

« Un squatt est un squatt, une atteinte à la propriété »

Il est des moments rares où l’on ne peut qu’être en accord avec le Maréchal Sarkozy. A la propriété privée et sa gestion quotidienne de milliers de logements laissés vaquants, nous répondons par l’usage collectif des immeubles et des maisons vides. Chaque squatt est un acte politique. Nous n’avons pas besoin des réunions de quartier organisées par la mairie pour que les habitants se donnent l’illusion de participer à une action publique qui leur échappera de toute manière ; chaque assemblée de squatt prend des décisions collectives dont l’horizon est de se substituer à toutes les autorités, à tous les usurpateurs.

André Viaud, karcherisateur provincial et envoyé plénipotenciaire du Sarkosysme à Toulouse sera-t-il le Simon de Montfort de l’hérésie squatt dans la région ? Ou les enragées toulousaines relèveront-elles l’affront du liquidateur de l’héritage de vingt cinq ans de contre culture autonome ?

Les Demoiselles du Couvent

tract écrit et diffusé par "Les Demoiselles du Couvent", et paru notamment sur INDYMEDIA Toulouse